RÉFLEXION PRÉALABLE SUR LES

AMBIANCES D’AÉROPORT

(la parenthèse du voyage)

(Non, vous ne vous trompez pas de page. J’ai simplement tenu, chemin faisant, entre deux vols, à écrire ces quelques lignes. Et ceci n’est pas de la pub pour quelques marques que ce soit !).

Il est rare que sur un blog de voyage, il soit question d’aéroports. Ils sont presque toujours l’angle mort de nos récits. Et pourtant ce sont très souvent les points de passage de nos lointaines destinations ; d’une certaine manière, ils constituent l’antichambre du voyage. A l’instar des instants fébriles précédant la fête, les aéroports, parce qu’ils introduisent l’idée d’un passage vers un ailleurs lointain (et enchanté au moins sur un mode imaginaire), constituent des temps et des espaces bien particuliers dans le déroulé d’un voyage. Si je quitte un instant « l’ethnologie » de l‘ailleurs dans lequel je vais être projeté dans quelques heures, pour considérer la proximité immédiate dans laquelle je suis, « ici et maintenant », c’est-à-dire l’aéroport par où commence mon voyage, alors, je peux aussi observer là des mondes, des univers.. qui d’un point de vue ethnologique ont toute leur une légitimité. (Cf. Marc Augé).

Que le lecteur se rassure, il ne sera pas question ici d’esquisser une ethnographique de ces lieux, il y aurait quelque prétention à le faire. Et puis, il serait quelque peu décalé d’en faire un des thèmes fort de mon périple : je ne pars pas pour découvrir les aéroports. J’en ferai juste un rapide « survol » et me contenterai de livrer quelques impressions comme une sorte de prélude « négatif » à l’expérience « enchantée » que constitue le séjour en lui-même.

Je suis donc parti de l’aéroport du Luxembourg. En comparaison des aéroports de Munich et de Doha par lesquels je transite, celui de Luxembourg n’est pas très imposant. Mais dans ces 3 aéroports, comme dans tous les autres on retrouve la même ambiance, la même architecture des lieux, et des espaces, les mêmes rythmes imposés aux voyageurs. Le temps n’est pas celui que l’on se donne mais celui que nous fixent les horaires d’embarquement et les correspondances. On a ainsi plus ou moins le temps de flâner, ou à l’inverse on se presse, pour ne pas louper son vol. Quoiqu’il en soit le trajet est réglé. Les larges couloirs, les tapis mécaniques, les escalators nous acheminent vers la porte d’embarquement. Tous ces dispositifs convergent également vers les boutiques de luxe et arpenter les espaces d’un aéroport est un périple en soi ! Après les formalités de police et de sécurité, après avoir soigneusement déposé dans les petits paniers en plastique gris nos appareils électroniques, déballer puis remballer nos affaires, on arrive dans l’espace commercial.

Là sont mis en vente toute sorte d’objets et dans cette débauche de produits, les marques sont parfaitement bien représentées. Elles symbolisent la richesse et comme telle elles font de l’aéroport  le joyau grandiose et sublimé du pays.  A Doha par exemple, mais je l’avais aussi constaté à Dubaï, des magasins de luxe soigneusement époussetés par des employés au sourire appris rivalisent d’ingéniosité pour attirer le passager. Les sacs Vuitton, les parfums Dior, les montres Cartier, les lunettes Ray Ban sont à leur place sur de rutilantes étagères.

Dans une large allée au sol pavé de marbre, c’est une Lamborghini flambant neuve qui est offerte au regard, un peu plus loin une Mercédès…

Ici dans ces non-lieux, où personne ne rencontre personne, (une aérogare n’est pas conçue pour être un terrain de rencontres) où l’on a rien à se dire, où chacun est anonyme à la condition d’avoir préalablement prouvé son identité, vous êtes un consommateur potentiel, une cible. Toute l’architecture est conçue pour solliciter nos pulsions consuméristes. Les réseaux de signification n’opèrent que pour autant qu’ils affichent le luxe celui auquel on accéde parfois quand on a lâché prise, le temps du voyage. Le voyageur coexiste alors avec la marchandise dans une fête qui n’a d’égal que cette invitation permanente à consommer, à boire ou à manger un burger dans un mac do ou autre Burger King. Sous cet aspect tous les aéroports se ressemblent. D’une certaine manière, ici on fait l’expérience de l’anti voyage. Pas d’échanges, pas la possibilité de s’approprier le lieu, d’en repérer la profondeur historique sauf lorsqu’elle est rappelée sous forme de photos, de panneaux rappelant la culture du pays ou quelques curiosités à visiter. En transit, la foule anonyme se contente de passer son chemin. Chacun sa destination, chacun son destin. Le haut-parleur annonce que la porte d’embarquement du vol QR 236 pour Bangkok est ouverte. Les passagers sont invités à s’y rendre. Dans quelques minutes je quitte l’aéroport de Doha où je viens de faire une escale pour m’envoler vers Bangkok.