Tarfaya, mon coup de coeur marocain
Autrefois la petite ville de Tarfaya (ex « Cap Juby ») était une escale incontournable sur la ligne mythique de l’aéropostale qui rejoignait Toulouse à Dakar. Aujourd’hui, les voyageurs ne s’y arrêtent plus guère et pourtant des associations, des bénévoles se mobilisent aux côtés des Autorités pour donner aux gens de passage l’envie de découvrir la richesse historique du lieu. Sur la route de l’Afrique de l’Ouest, Tarfaya mérite d’être visitée.
Extraits de mon carnet de route … » 26 Avril 2024. Cela fait 15 jours que j’ai quitté la Lorraine avec ma Royal Enfield 500. Je me trouve maintenant à Tarfaya, 3500 km plus au Sud de chez moi. C’est la première fois que je viens ici et pourtant le nom de cette ville ne m’est pas inconnu. J’en ai entendu parler à l’occasion d’un reportage consacré au rallye aérien qui s’y déroule chaque année en hommage à Saint Exupéry et à l’aéropostale. Des pilotes amateurs venus de Toulouse accomplissent le trajet qu’effectuaient jadis les pionniers de l’aéropostale dont faisait partie Antoine de Saint Exupéry. Aujourd’hui, je n’imagine plus la ville, je la vis, je me balade dans ses rues, sur sa plage, je la sens, je la vois, j’en fais l’expérience. Dans quelques instants je partirai sur les traces encore très visibles de son histoire … »
MOMENT VIDEO
« Je suis resté 2 jours à Tarfaya et j’y ai réalisé la vidéo suivante.
Adossée à l’Atlantique, tout au Sud du Maroc, Tarfaya a le charme tranquille des petites villes côtières du Sahara. Entre océan et désert, à quelques 100 km au Nord de Laayoune, elle semble quelque peu oubliée, comme à l’écart du Monde. Mais cette première impression ne coïncide guère avec l’engagement de quelques bénévoles, et le soutien des autorités pour valoriser au mieux son patrimoine ! Quand je suis arrivé en fin d’après midi dans cette petite ville du désert, il ne m’a pas fallu très longtemps pour en faire le tour à la recherche d’un hébergement. J’ai longé l’avenue Ahmed Haidar. A la les terrasses des cafés, des hommes bavardaient en sirotant un café, d’autres jouaient aux cartes. D’autres encore, seuls, semblaient n’attendre personne, comme perdus dans leur pensée d’outre sable… En bas de l’avenue qui mène au port, j’ai finalement trouvé un petit l’hôtel, l’hôtel Casamar. Je m’y suis installé, puis j’ai rejoint en début de soirée son café-restaurant. C’était un soir de match, la salle était bondée et face à l’écran de télé chacun, à grands cris, exprimait ses émotions footbalistiques. Au beau milieu de ces hommes passionnés, j’ai commandé à la serveuse (l’unique femme du restaurant) un plat de poissons avant de regagner ma chambre.
Le matin, de la fenêtre de ma chambre j’ai longuement observé le ballet incessant des camions et l’activité portuaire entièrement dédiée à la pêche. Dans une première appoximation, j’en ai déduit que la ville était tournée vers le large et qu’elle avait construit son destin à partir de l’Océan… J’étais d’autant plus enclin à l’affirmer qu’une ligne maritime entre le port de Tarfaya et les Canaries a existé jusqu’en 2008 et qu’aujourd’hui il est question de l’ouvrir à nouveau. Certes, cet aspect maritime de la ville a son importance. Mais pour autant, les monuments situés sur ses bords ainsi que l’immense plage de sable fin sur laquelle atterrissaient les avions de l’aéropostale ne doivent pas faire oublier l’histoire terrestre de cette cité. Tarfaya en effet, est marquée tout à la fois par la farouche résistance des tribus locales aux colons espagnols et les débuts de l’aéronautique quand dans les années 20 Cap Juby était une escale technique sur la ligne Toulouse-Dakar empruntée par les pionniers de l’aviation. Je n’ai certes pas la prétention de restituer ici la complexité des grandes périodes de ce passé. Je me contenterai simplement d’appréhender quelques bribes de cette histoire.
En longeant le port par l’avenue Hassan 1, on aperçoit la longue plage de Tarfaya bordée par une corniche quelque peu délabrée. Le musée Saint Exupéry.se trouve à quelques mètres de là. On est alors immédiatement frappé par cette bâtisse au bord de l’effondrement : la fameuse Casa del Mar, encore appelée Casamar, le joyau de la ville, un élément marquant de la mémoire collective. Le travail du temps en a fait ce qu’elle est aujourd’hui : un bâtiment tombé en décrépitude faute de moyens suffisants pour le restaurer. Construite entre 1878 et 1882 au large de Cap Juby (l’actuelle ville de Tarfaya), l’édifice rappelle la présence anglaise. Il est une des composantes majeures du patrimoine colonial de l’époque. A l’origine le monument fut conçu comme un comptoir commercial. l’explorateur et commerçant britannique, Donald Mackenzie ambitionne alors, avec le soutien du gouvernement britannique, d’en créer d’autres le long de la côte. Ce Projet n’aboutira pas et Tarfaya ne restera pas longtemps aux mains des anglais. En effet en 1895, le Sultan Hassan 1er négocie le retrait des anglais et obtient gain de cause. Mais, en 1916, après un accord passé avec la France, c’est au tour de l’Espagne de coloniser la ville et de rattacher ce territoire aux provinces sahariennes qu’elle administre à partir de 1912. Elle utilise alors Casamar comme bâtiment du port puis comme prison. Il faudra attendre 1958, et la guerre D’Ifni pour que Tarfaya soit restituée au Maroc. C’est d’ici que le 6 novembre 1975, le roi Hassan 2 lance vers le Sahara occidental la fameuse Marche Verte regroupant plus de 350000 marocains avec la ferme intention de récupérer les 266000 km2 laissé par les espagnols.
Saint Exupéry à Cap Juby (Tarfaya)
C’est là, entre le désert et l’océan, à Tarfaya qu’Antoine de Saint Exupéry va se découvrir une passion pour le Sahara et qu’il va écrire Courrier Sud. C’est également ici, aux abords d’une forteresse imposante faite de façades jaunies par la patine du temps, qu’il esquissera les contours de son Petit Prince, publiée à New York en 1943. Avec Mermoz et d’autres grandes figures de l’aviation, il pilotera les avions de la compagnie Latécoère chargée d’acheminer le courrier depuis Toulouse jusqu’à Dakar. Tarfaya, Cap Juby à l’époque, sert d’escale technique et de ravitaillement.
Dans un environnement très hostile où le risque d’être enlevé ou tuer par les tribus locales faisait partie du voyage, il sera nommé chef d’escale chargé d’ accueillir les pilotes et les mécaniciens de l’aéropostale. En souvenir de cette époque, en 2004 sera créé le monument qui représente un Bréguet 14 et aussi le musée Saint-Exupéry. Mais pas seulement, un Rallye aérien Toulouse Tarfaya/Cap Juby, effectue chaque année en hommage aux pionniers de l’aéropostale, un rallye aérien. Que ne ferais-je pour survoler aux commandes d’un vieux Breguet la plage de Tarfaya. Encore un rêve !
Pour en savoir davantage sur cet épisode je vous communique ces 2 liens :
https://www.lemonde.fr/afrique/article/2018/10/25/a-cap-juby-une-piste-chargee-d-histoires-dont-celle-du-petit-prince_5374609_3212.html
https://medias24.com/2022/07/08/tarfaya-ou-la-muse-desertique-de-saint-exupery/
Quelques Impressions
Comme posée sur le sable du Sahara, balayée par les vents, Tarfaya est à l’écart de la nationale 1 qui relie Tanger à la frontière mauritanienne. Le voyageur pressé de rejoindre Dakhla ou l’Afrique de l’Ouest ne s’arrête pas ici. Il file tout droit comme happé par une nationale 1 au bitume tout neuf, rutilant, invitant les imprudents à la vitesse. Et pourtant, cette cité mérite le détour. Flâner dans ses rues ou sur sa plage, s’asseoir sur les bancs de la corniche, juste à côté de l’ancien fort espagnol, permet de ressentir l’histoire du lieu. Lorsque le bleu du ciel et l’éclat du soleil irise le sable blanc du désert et illumine les bâtisses décrépies d’autrefois, il est alors impossible de ne pas ressentir l’âme profonde d’une cité qui tente vaille que vaille de redonner un peu de lustre à ses jours. En fin de journée, au coucher du soleil, je me suis promené au bord de l’océan. Je me suis assis sur le sable en attendant que la nuit enveloppe de son manteau noir le paysage : un émerveillement à nul autre pareil. Le nez dans les étoiles, je respirais avec jubilation l’air frais et pur du large. Au-delà de ses longues plages de sable fin, de sa côte venteuse, au-delà du spectacle fascinant d’un désert qui se jette dans l’océan, c’est la charge de l’histoire et du potentiel culturel de ce lieu qui m’a le plus impressionné. A Tarfaya, dans cette cité de plus de 10000 habitants, j’ai réalisé comment le temps se mêle à l’espace, comment il peut réveiller en nous de fortes et nostalgiques sensations. Sans doute faut-il voir là, dans cette expérience quasi poétique, un sens et une densité émotionnelle propre au Voyage. Assurément un coup de coeur !

Super ! un projet très original et une façon sublime de tenir le grand âge à distance…
j’ai 80 Balais ! et quelques heures de vol …
çà y est c’est décidé j’ y vais
le problème c’est de trouver un avion le notre n’a pas l’autonomie
suffisante .
après avoir fait Hoshkosh je veux me poser sur cette piste mytique
Bonjour, n’hésitez pas à vous immerger dans ce lieu chargé d’histoire.
Merci pour ce partage. Du coup…j’ai envie d’y aller !
Merci encore.
Merci Jean-Luc pour ton message. C’est encourageant et ça me donne envie de poursuivre mes voyages même si l’âge commence à peser dans mes virées motardes au long cours. Amitiés
Tu nous fais revivre tes impressions de voyage avec un verbe à nul autre pareil.
Mais tu ajoutes une touche sensible qui nous rend le lieu bien présent.
Amitiés
Jean Luc