VOYAGE AU PAYS DE LA TERANGA

Le Sénégal : l’accueil, l’hospitalité, l’entraide sont des valeurs très ancrées dans la culture sénégalaise. Pour désigner cela il y a un terme: la Téranga. En wolof, cela veut dire hospitalité. Quand on arrive au Sénégal on est aussitôt embarqué dans un flot d’humanité fait de rires,  de fulgurances verbales et de bonne humeur. La générosité et l’enthousiasme “officiels” que les sénégalais réservent aux touristes méritent cependant d’être nuancés !

Au fond, il y a deux façons d’appréhender ce pays de l’ouest africain. La première consiste à le décrire et à en parler positivement : c’est typiquement la démarche “touristique” classique avec ce qu’elle contient de belles images, de rencontres fabuleuses, qu’on s’empresse dès son retour en France de transmettre à ses amis…. Cette vision romantique bien souvent forgée dans le cocon sécurisé et rassurant d’un voyage touristique acheté auprès d’un voyagiste est un peu naïve.

C’est ce que révèle cette deuxième façon d’aborder le pays : rechercher, selon une démarche plus paradoxale, la “vérité” et la complexité du Sénégal dans sa confrontation à la modernité, à  la mondialisation et dans sa difficulté à  s’affranchir d’une histoire coloniale faite d’atrocités, d’humiliations…. J’ai été frappé dans les discussions avec les sénégalais  par cette sorte de  “ressassement mémoriel” et victimaire qui parfois les animait.  Cette mémoire du malheur est encore très vive dans la représentation collective locale. Tout se passe un peu comme si le Sénégal ne pouvait (ne voulait ?) n’arrivait pas à tourner la page des heures sombres du colonialisme ou qu’il en était empêché.  Du coup, les rapports entre les “toubabs” et les sénégalais restent entâchés de ces réferences “colonialistes” et rendent parfois difficiles une relation “équilibrée”, débarassée des polémiques de l’Histoire.  Vouloir découvrir le Sénégal, en comprendre l’évolution exige qu’on est conscience de cela tout en cherchant à ne pas réduire les relations sociales à ces repères négatifs. Sous la plume de Ousmane Sembene et d’autres on peut lire les déconciations véhémentes du colonialisme et il faut les avoir en tête pour mieux comprendre la signification profonde du  Nanga Def (comment ça va ?) et la poignée de main rituelle et chaleureuse, qui inaugure la relation avec les sénégalais.  A partir de là une relation  “vraie” devient possible et avec elle les joies d’un bavardage futile ou d’une discussion sérieuse, le plus souvent autour du thé à la menthe sénégalais : l’ataya.  A n’en point douter,  l’accueil, l’hospitalité restent ici des valeurs fortes à partir desquelles se structurent les liens sociaux. Si dans les villes comme Dakar, elle paraît s’estomper quelque peu, dans les villages que j’ai traversés, cette hospitalité légendaire ne s’est jamais démentie.  Inscrite dans la tradition africaine, affirmée avec subtilité, l’hospitalité y est la marque d’une culture du vivre-ensemble et de la solidarité qui donne à l’étranger le sentiment d’être parfaitement intégré dans un milieu pourtant très différent du sien à plein d’égards.

LE VILLAGE DE NGOR

La Mosquée de Ngor

local de l’association lilloise  à Ngor

A 10 km du centre de Dakar, dans une petite baie au bord de l’océan se trouve Ngor. Comme Yoff, Soumbédioune situés à quelques kilomètres de là, Ngor est un village « lébou » formé de petites ruelles de sable qu’arpentent entre des murs de parpaings recouvert de peinture blanche et ocre quelques chèvres et quelques moutons. Ici, il n’y a pas de voitures, pas de routes, pas d’asphalte, pas de touristes. Non, juste de quoi se croiser à pied entre 2 rangées de murs. Un village, un peu à l’écart de la plage et du bruit vivant encore au rythme paisible des occupations quotidiennes de ses habitants. On peut tranquillement déambuler dans ses venelles et se laisser surprendre par les jeux des enfants qui courent entre les maisons.

Lorsque l’on quitte la commune pour rejoindre la route de l’aéroport on traverse une  place bordée d’hôtels, de restaurants et d’immeubles en construction. L’ambiance est beaucoup moins sereine. Le week end, des centaines de personnes, de jeunes affluent  ici pour rejoindre la plage toute proche.

la maison de l'enfance de Ngor

Ngor, c’est le “territoire” des Lébous, une ethnie minoritaire aujourd’hui bousculée dans ses traditions et ses coutumes par une modernité technologique et culturelle qui bouleversent  notamment chez les jeunes un monde encore très marqué par les habitudes coutumières. Les lébous constituent l’une des dernières communautés traditionnelles  de la région du Cap Vert puisqu’ils arrivent encore semble-t-il à conserver leur originalité culturelle ainsi que leurs modes d’organisation sociale. Comme me l’expliqueront les habitants du village que je rencontrerai, l‘organisation sociale repose sur des structures traditionnelles ou pôles d’autorité, il s’agit principalement du conseil des anciens ou Mag gi Dkk, de celui des notables et de celui des jeunes (Ndaw Òï ou Freys). Le conseil des notables constitue cependant l’organe central de cette organisation dans le sens où il a compétence pour trancher sur toutes les questions qui peuvent de près ou de loin toucher la communauté. Composé du chef de village, de l’imam et des conseillers du chef de village ou Jàmburs (choisis parmi les membres du conseil des anciens) ; le conseils des notables a, en effet, pour vocation de réfléchir et de se prononcer sur l’ensemble des questions touchant de prés ou de loin la communauté villageoise.

ancine de Ngor

Les Freys qui constituent la sphère d’exécution et de police, sont là pour veiller à l’application des recommandations et décisions du conseil des notables. Aujourd’hui, cette communauté de pêcheurs s’accroche comme elle peut à ses traditions fondées sur l’entraide et la coopération et tente de préserver son mode de fonctionnement social. Les lébous de Ngor sont aujourd’hui aux prises avec un afflux massif de touristes et de résidents qui ne partagent guère leurs coutumes. De plus la ville de Dakar grignote petit à petit leur terrain pour y construire des buildings et autres immeubles dédiés au tourisme et aux habitations résidentielles. La vie sociale est en train de changer, vite, trop vite sans doute !

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